2008-04-26

La langue Cambodgienne en Thailande

Nouvelles du Cambodge N° 0823-F

LA LANGUE CAMBODGIENNE EN THAILANDE

Khemara Jati
Montréal, Québec
Le 26 avril 2008

Nous diffusons ci-dessous un article sur la situation actuelle de la langue cambodgienne chez nos sœurs et frères Cambodgiens en Thailande, un autre article sur le même sujet par Taing Samreth publié dans la revue Chatomukh de juin 2004. En 2004, en Thailande les Cambodgiens de Surin étaient fiers de leur origine angkorienne. Quatre ans plus tard les jeunes ont tendance à ne plus parler notre langue.

Dans le deuxième article sur l’état actuel de notre langue en Thailande, nous désirons attirer l’attention de nos lecteurs sur le fait que les Thaïs veulent bien enseigner notre langue dans l’enseignement secondaire, comme une deuxième ou troisième langue, à condition d’utiliser l’écriture thaïe. Cette obligation montre clairement l’importance de notre écriture comme facteur de notre identité culturelle et nationale. Durant la période coloniale, les Français voulaient aussi détruire notre si belle écriture en vain. Pourquoi maintenant c’est une partie importante de nos intellectuels veulent tuer cette écriture, léguée par nos ancêtres depuis près de deux mille ans, base essentielle pour pérenniser notre identité nationale ? En effet comment protéger notre langue, si nous ne l’utilisons pas dans nos universités ?

Ce qui se passe chez nos sœurs et frères de Surin est une illustration de ce qui se passera chez nous au Cambodge même dans une dizaine d’année si nos compatriotes continuent à courir après les langues étrangères pour l’enseignement dans nos universités. Déjà la grande majorité des jeunes Cambodgiens à l’étranger ne parlent plus la langue cambodgienne, ne lisent plus la langue cambodgienne et n’écrivent plus l’écriture cambodgienne. Ainsi notre langue, base fondamentale de notre identité culturelle et nationale, risque de disparaître. Cette situation ne peut que profiter à nos voisins Thaïs et surtout Vietnamiens. C’est alors la fin du Cambodge. Nous ne pouvons plus accuser le passé. Notre génération est entièrement responsable de l’avenir de notre pays.

Annexe :

Khmer at a crossroads
Written by Brendan Brady

Chaimongkol Chalermsukjitsri, an ethnic Khmer and Thai citizen, poses with children at a school he runs in Chruy village in Surin, Thailand. He has opened four Khmer language schools in Surin over the past two years in an attempt to save what he sees as a dying language.

(Photo Supplied)

Friday, 18 April 2008
Written by Brendan Brady
Phnom Penh Post

One man fights to keep the Khmer language alive in Thailand despite signs that those along the border would rather be speaking Thai

Thai national Chaimongkol Chalermsukjitsri never misses a chance to speak Khmer, addressing market vendors, porters and street cleaners in the indigenous tongue of northeast Thailand’s Surin province.

An ethnic Khmer from the border region of Thailand once controlled by the Angkorian empire, 42-year-old Chaimongkol has set up four Khmer language schools in Surin over the past two years in an effort to revive what he claims is a dying language in the region.

He is currently negotiating with the largest secondary school in Surin to include Khmer language classes in their curriculum. But the roughly 100 enthusiastic learners at his language schools are far from representative of most Khmer in Surin, who are letting their linguistic heritage slip away, according to Chaimongkol.

Chaimongkol recently took his cause to Phnom Penh, telling education officials in the capital that Khmer has fallen out of common use in Surin, particularly among youth, and is at risk of further decline with each generation.

Chaimongkol says parents cultivate a Thai-speaking household because they believe speaking Khmer is of little value to their children’s future.

“In education and work, Khmers have struggled to find a better life. So they think getting rid of their background will help them get a job.

“There are many things that change the attitudes of young Khmers in Surin about being a Khmer speaker. Thailand is stronger than Cambodia, economically and politically. I suspect many have the impression that Cambodia is more barbaric than Thailand,” he says.

The absence of attractive pop-culture materials in Khmer, such as music or movies, makes it even harder to motivate youth to take an interest in their ancestral language, he adds.

Chaimongkol says apathy towards preserving Khmer also comes from education officials.

When he asked teachers at a school in Sisaket province – also on the Cambodian border – if they had considered teaching Khmer, “they had a big laugh,” he says. “That is what always happens.”

He recalls a recent conversation with a university faculty member from Bangkok who said she could spare him a grant if he taught Khmer using Thai scripts.

Chaimongkol says he saw the offer as an affront.

“Later on, she told my partner that if my school expanded then it would be like [insurgent-wracked] southern Thailand. I should be under control, this was her meaning.

“I told them that I just want to protect my language. You don’t allow me to go to your school. Okay, I don’t.”

Other than this instance, he says he hasn’t encountered any opposition from Thai authorities.

“I’ve put up signs in public places and I’ve sent numerous letters to many officials for support, and the Surin governor himself even opened up a course at the provincial hall to promote the learning of the Khmer language among the government ranks of the province,” Chaimongkol says.

If Northern Khmer is lost in Thailand, people will lose an important link with their cultural identity, argues Chaimongkol.

“Losing language means losing one’s pride,” he says.

Still, funding from Cambodians is limited and Chaimongkol says his mission is an exhausting, uphill battle.

Cambodian donor Chantara Nop says he offers financial support because Khmer Surin are his kin. They had worked hard to preserve the Khmer language, he says, but in the last 50 years those efforts have been erased. “But now Chaimongkol is the chosen one.”
____________________

Mr. Chaimongkol Chalermsukjitsri can be contacted at:
Chaimongkol ChalermsukjitsriProject Coordinator
Indigenous Language Education Project (ILEP)
P.O.Box 27, Surin, Thailand.
Fixed Line: 044-520-179
HP 0875815514

Publié par Khemara Jati
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2008-04-23

Voeux de la Nouvelle Année Chnam Chout 2552

Nouvelles du Cambodge N°0822-F

VOEUX POUR LA NOUVELLE ANNÉE
CHNAM CHOUT 2552

Khemara Jati
Montréal, Québec
Le 20 avril 2008

Nous retardons volontairement nos souhaits pour la nouvelle année Chnam Chout en signe de solidarité avec nos sœurs, frères et compatriotes du Kampuchea Krom, interdits par les autorités vietnamiennes de la fêter. Cette information nous a été communiquée, un peu avant le 13 avril, par nos compatriotes du Kampuchea Krom et confirmée par l’article ci-dessous. Hanoi est en train de pratiquer un véritable ethnocide culturel sur les Cambodgiens du Kampuchea Krom. Par la même occasion, nous soutenons les luttes courageuses de nos sœurs et frères du Kampuchea Krom pour défendre leur culture et écriture ancestrales plurimillénaires. Ces luttes font parties des luttes multiformes de nos compatriotes pour libérer le Cambodge de toutes les dominations étrangères, en particulier de la domination vietnamienne.

En ce début de la nouvelle année Chnam Chout 2552, nos pensées vont d’abord, aussi, à nos sœurs et frères expulsés manu militari, ou par l’incendie, de leur modeste demeure, justement durant cette période de festivité.

Nos pensées vont à tous celles ou ceux, adultes et enfants, qui sont obligés de vivres dans l’atmosphère pestilentielle des décharges publiques, pour ramasser quelques pacotilles pour les revendre pour quelques centimes, de quoi pour ne pas mourir de faim. Nantarayao Sampotho, alias Kompheak, a décrit avec sympathie ces vies en enfer de nos sœurs et frères.

Nos pensées vont à nos compatriotes trop pauvres et obligés de vendre leurs enfants pour survivre combien de temps Nos pensées vont à ces filles et garçons qui sont obligés de se prostituer pour vivre combien de temps ?

Chaque année 300 000 jeunes Cambodgiens entrent dans le marché du travail. Seuls 30 000 trouverons du travail et les 270 000 autres resteront au chômage. Sur ces 270 000 chômeurs combien sont de niveau universitaire ? Cette masse de chômeurs n’est-il pas le résultat tangible du système universitaire actuel ? On nous annonce la création des universités, mais aucune faculté de lettre, aucun Institut d’histoire ni de géographie. On nous annonce que notre PIB augmente chaque année de près de 10 %, qui empochent ces richesses ? Combien d’étrangers ? On nous annonce que la construction bat son plein. Qui travaillent dans ces constructions ? Dans la direction, parmi les gestionnaires, les ingénieurs, les techniciens, quelle est la proportion des Cambodgiens ? Qui sont ces étrangers ? Pourquoi, toujours aucune information sur ces sujets ?

Dans les usines textiles et constructions, pourquoi les Cambodgiens ne fournissent-ils, principalement, que le travail musculaire ? Pourquoi un nombre toujours croissant de nos compatriotes sont-ils obligés d’aller trouver du travail manuel pour des salaires de misère chez nos voisins et dans des pays aussi lointains que la Corée du Sud ?

Pourquoi le Cambodge continue-t-il à être de loin le pays qui compte la proportion la plus élevée d’illettrés (près des 50 %), de mortalité des femmes en couche et de mortalité infantile ?

Dans ces conditions comment pouvons-nous nous réjouir de la situation de notre pays ?

Au point de vue infrastructure, pourquoi certaines grandes puissances nous imposent notre dépendance énergétique, surtout au point de vue énergie électrique, vis-à-vis de nos voisins ?

Nous allons avoir du pétrole et du gaz, mais pourquoi, toujours pas de projet pour construire une raffinerie de pétrole ? Pourquoi n'y a-t-il encore, aucun projet pour construire des centrales électriques utilisant notre pétrole et notre gaz ? Pourquoi permettre aux Vietnamiens de venir construire deux barrages hydroélectriques sur nos terres et puis nous vendre cette électricité produite avec naturellement de gros bénéfices ? Pourquoi nos voisins nous obligent-ils à payer leur électricité 50 % plus chère ? Ne sont-ils pas sont en position de monopole ?

Maintenant, il y a le problème de la pénurie de riz. Le Cambodge produit suffisamment de riz pour la nourriture de son peuple avec un surplus annuel de un à deux millions de tonnes et par fois plus. Mais faute de bonnes routes de nos frontières vers Phnom Penh, le Cambodge est obligé d’exporter annuellement, en moyenne, un million de tonnes de riz par Saigon, comme riz vietnamien. Parce que le Vietnam possède de très bonnes routes de nos frontières vers Saigon, routes construites avec les aides du Japon. Mieux, le riz cambodgien est de meilleure qualité que le riz vietnamien. Ce qui fait que le riz cambodgien est consommé par les Vietnamiens qui exportent à la place le riz vietnamien de moins bonne qualité.

Maintenant le pouvoir prétend interdire l’exportation de notre riz ! Mais comment cette interdiction peut-elle être appliquée, si nos routes vers Phnom Penh sont mauvaises et s’il n’y a, pratiquement, aucune infrastructure pour organiser convenablement ces exportations par Sihanoukville ?

Il y a maintenant une bataille importante concernant le temple de Preah Vihear. Très bien. Mais pourquoi la route menant de Kompong Thom à Preah Vihear est-elle toujours en de si mauvais état ? Pourquoi avoir stoppé la construction de cette route entreprise par Chea Sophara en 2003 ? Pourquoi, pour avoir entrepris cette construction, a-t-il été limogé sur ordre du Vietnamien Hoc Lundy, le 11 février 2003 ? On annonce mainte fois que cette route est en construction. Cette fois-ci sera-t-elle réalisée ? Pourquoi la route de Sisophon à Seam Reap ville reste-t-elle toujours en très mauvais état ? Les touristes étrangers qualifient cette route et celle allant à Preah Vihear de « Dancing Road » ou de « Hell Road » ! Actuellement ce sont les bonzes et la population de la région qui occupent jour et nuit Preah Vihear. Chea Sophara a prévu de construire en plus de la route, un téléphérique pour permettre aux personnes âgées, handicapées, malades ou fatiguées de parvenir au temple. Ce téléphérique sera-il construit un jour ?

Pour permettre le développement des échanges commerciaux et des communications rapides entre les villes et la campagne, ne faut-il pas construire rapidement des bonnes routes partout, entre nos villes et la campagne, en particulier vers nos zones frontières ? Maintenant avec les congés du nouvel an, nos compatriotes doivent encore surmonter de longs trajets sur de très mauvaises routes pour rejoindre leurs villages. C’est une perte de temps, d’énergie et d’argent inutilement. En plus ces routes en permettant des relations faciles entre les villes et la campagne, contribuent au renforcement de la solidarité entre les villes et la campagne et donc la solidarité nationale.

Enfin le problème le plus important. Le développement de notre langue maternelle léguée par nos ancêtres depuis deux mille ans, la plus vieille et la plus belle langue écrite de notre région.

« Nous sommes tous choisis par une langue maternelle. Elle nous est imposée par les conditions mêmes de notre naissance. A cela nul ne saurait échapper. Et même si, chaque jour, les hommes se battent et meurent pour agrandir leur espace de liberté politique, personne ne peut espérer ne même revendiquer sérieusement comme un droit futur, la liberté de choisir sa langue maternelle. Comme on ne peut pas, non plus, choisir de ne pas être né, ni dans quelle famille, ni dans quel pays, ni dans quelle classe sociale, ni avec quel sexe ou quelle couleur de peau, on ne peut davantage choisir quelle langue parler en premier. Aucune utopie ne permettra sans doute jamais de modifier cette contrainte, même si, en avançant dans la vie, il devient possible de la dépasser. » Jacques Attali.

Nous ajoutons, en plus, que, pour nous Cambodgiens, notre langue maternelle contient une charge émotionnelle léguée par nos ancêtres depuis des millénaires. Car chaque mot évoque des souvenirs gravés dans notre cerveau durant notre plus tendre enfance. Il y a la mélodie des sons qui cadre avec le paysage, avec la douceur maternelle et la beauté de l’écriture. Cette beauté des caractères cambodgiens n’a-t-elle pas émerveillé la célèbre actrice américaine Angelina Jolie ? Cette actrice a adopté un enfant cambodgien qu’elle donne comme prénom Maddoc et a fait tatouer sur son omoplate gauche cinq lignes d’une prière cambodgienne. Cette prière en écriture cambodgienne est exhibée fièrement, durant les soirées où elle porte une robe décolletée sur le dos. Même de nos jours, beaucoup de Cambodgiens, surtout à la campagne, se font tatouer, aussi, des formules magiques en caractères cambodgiens. Dans les villes chinoises et japonaises, il y a de très grands caractères chinois ou japonais partout et bien éclairés la nuit. Ils sont fiers de leur écriture.

Dans ces conditions, comment pouvons-nous former rapidement un grand nombre de savants, de scientifiques, d’ingénieurs, de médecins, de techniciens en langues étrangères hétéroclites ? Pourquoi, tous les pays de notre région ont-ils choisi l’enseignement universitaire en leur langue nationale avec le succès que l’on connaît ? Pourquoi sommes-nous les seuls à mépriser notre langue maternelle, pourtant la plus vieille avec l’écriture la plus harmonieuse dans notre région ? Notre très grand retard par rapport à nos voisins ne s’explique-t-il pas par ce mauvais choix ?

L’utilisation de notre langue dans les universités entraîne automatiquement le développement et l’enrichissement de notre langue maternelle. Nos enfants et notre peuple, auront alors, à leur disposition, des livres de vulgarisation à tous les niveaux. Notre langue sera en mesure d’exprimer toutes les nuances de la pensée et des connaissances de la civilisation mondiale. Il y aura alors des relations harmonieuses entre les parents et leurs enfants toujours plus instruits. Il y aura de bonnes relations entre les générations. L’enseignement de nos universités en langues étrangères n’est-il pas une façon de choisir la voie des pays africains qui restent éternellement des pays pauvres ? De nos jours, seule une petite minorité d’enfants de gens bien nantis ont des moyens pour suivre des cours en langue étrangère.

D’autre part plus la base de la pyramide est large, plus son sommet est haut. Le Vietnam forme annuellement 30 000 ingénieurs de haut niveau dans des universités utilisant la langue vietnamienne comme langue véhicule. La Société américaine Intel est en train de construire une usine de un milliard de $US pour fabriquer des puces électroniques. Le Vietnam envisage de construire une centrale électrique nucléaire etc. Pour nous Cambodgiens, persister dans le choix des langues étrangères comme langues véhicules dans nos universités, n’est-il pas accepter d’avance la mort de notre langue ? Au profit des langues de nos voisins ? Avant d’être absorbés par les Vietnamiens et les Thailandais ?

En effet, dans de nombreuses familles cambodgiennes à l’étranger, les enfants ne parlent plus notre langue. Ce sera bientôt au Cambodge. Une langue méprisée par la jeune génération aura-elle un avenir ?

Voilà la situation de notre pays au moment du passage à la nouvelle année Chnam Chout 2552. Nous souhaitons que l’année nouvelle apporte des améliorations importantes pour combler les fossés de nos points faibles énoncés ci-dessus.

Nous souhaitons que nos sœurs, frères et compatriotes du Kampuchea Krom remportent de nouveaux succès dans leur lutte pour préserver leur identité culturelle, plus particulièrement religieuse et linguistique orale et écrite.

Nous souhaitons de nouveaux succès dans la lutte pour préserver notre langue écrite et plus particulièrement pour son utilisation dans nos universités comme langue véhicule. Que notre langue écrite s’affiche fièrement partout avec des caractères de plus en plus grands à l’instar des villes chinoises et japonaises pour les caractères chinois et japonais ! Que des Cambodgiens de plus en plus nombreux, surtout parmi les jeunes, soient fiers de leur langue parlée et écrite ! Une culture sans le support de l’écrit est une culture en voie de disparaître.

Nous souhaitons qu’un dictionnaire de la langue cambodgienne, comprenant les mots scientifiques, techniques, philosophiques et autres, soit publié le plus rapidement possible. Nous souhaitons la publication des livres scientifiques, techniques, mathématiques, philosophiques en langue cambodgienne de niveau universitaire. Pour ces traductions, il faut utiliser les termes scientifiques et mathématiques maintenant universellement utilisés, comme chez la plupart des pays de notre région. En effet il suffit de transcrire ces termes en caractères cambodgiens et au besoin avec un lexique à la fin pour les retranscrire en caractères latins. Il faut remarquer que toutes les formules chimiques et autres, les équations etc. sont les mêmes dans toutes les langues. Les Chinois et les Japonais sont obligés d’écrire leurs livres scientifiques horizontalement de gauche à droite et non de haut en bas et de droite à gauche. Après nous aurons des savants qui amélioreront nos traductions des sciences et des mathématiques.

Nous souhaitons la publication des traductions en cambodgiens des livres de la culture mondiale en tout genre pour permettre à notre peuple d’avoir des informations sur ce qui se passe dans le monde au point de vue de l’évolution des idées.

Nous souhaitons que des bonnes routes de plus en plus nombreuses soient construites le plus rapidement pour permettre un développement rapide du commerce entre les villes et la campagne et par-là même renforcer la solidarité entre les villes et la campagne base de notre solidarité nationale.

Nous souhaitons, en particulier, que la route entre Kompong Thom et Preah Vihear soit construite le plus rapidement ainsi que la route entre Sisophon et la ville de Siem Reap !

Pour terminer nous souhaitons Santé, Longévité, Succès et Bonheur à tous nos lecteurs et leurs amis et à tous nos compatriotes où qu’ils se trouvent.

Khemara Jati
khemarajati@sympatico.ca
http://groups.google.com/group/khemarajati?hl=fr

2008-04-16

Les grandes banques internationales

Nouvelles du Cambodge N° 0819-F

Les Grandes Banques Internationales et les intérêts des Grandes Puissances

Khemara Jati
Montréal, Québec
Le 4 avril 2008

Nous avons indiqué la naissance des grandes banques internationales, leurs intérêts stratégiques et leurs directeurs pour assurer l'exécution dans le sens bien déterminé. Dans le monde rien n'est donné gratuitement. Maintenant avec la crise alimentaire internationale, les masques tombent. Qui supportent les conséquences désastreuses des directives de ces grandes banques internationales ? Nous soumettons l'article ci-dessous à la méditation de nos lecteurs. Suivre à la lettre et aveuglément les recommandations de ces grandes banques internationales ne serait-il pas suicidaire ? Une nation ne peut perdurer qu'en ayant des projets qui lui sont propres et qui défendent ses intérêts stratégiques nationaux fondamentaux et vitaux dans la longue durée.

Éditorial du journal Le Monde

Les tartuffes de la faim

LE MONDE 16.04.08 14 h 44 • Mis à jour le 16.04.08 14 h 44

Les émeutes de la faim ayant fait irruption dans les journaux télévisés, l'heure est à la mobilisation. De Paris à Washington, chacun y va de son idée pour venir en aide aux populations des pays pauvres incapables de faire face à l'augmentation des prix des denrées alimentaires de base, notamment le riz. On ne peut que saluer cet élan de générosité. Ne pas réagir serait criminel et donnerait de l'Occident une image bien peu reluisante.

Pourtant, comment ne pas se sentir mal à l'aise face à ces élans du coeur ? Car les plus généreux aujourd'hui sont peut-être les plus responsables de ce dérèglement planétaire. Les nouvelles habitudes alimentaires des pays émergents, largement importées des pays développés, expliquent en grande partie l'explosion de la demande, et donc les tensions sur les prix.

Ce n'est pas la seule raison. La concurrence des biocarburants en est une autre, essentielle. Or les Etats-Unis, si généreux avec le Programme alimentaire mondial, ont confirmé leur volonté de doubler les surfaces déjà très importantes qu'ils consacrent aux biocarburants. Face à l'automobiliste américain, le paysan haïtien ne fait pas le poids. Même chose pour l'Europe. Non seulement elle veut développer les biocarburants, mais, dans les négociations internationales, elle maintient une politique protectionniste qui déstabilise depuis longtemps les agricultures du tiers-monde et freine la réduction de la pauvreté.

Quant à la responsabilité de la Banque mondiale et au Fonds monétaire international, elle est également considérable. Pendant des décennies, ces institutions ont expliqué aux pays émergents que l'agriculture avait son avenir derrière elle. Les pays émergents ont ainsi favorisé les cultures d'exportation, destinées à leur rapporter des devises ; ils récoltent aujourd'hui les fruits amers de cette politique. Ainsi le Sénégal exporte des produits alimentaires - que l'Europe taxe quand il a l'audace de vouloir les transformer sur place -, mais doit importer environ 80 % du riz qu'il consomme. Or, non seulement le riz devient rare, mais les spéculateurs en font parfois grimper les prix de 30 % en une journée. La générosité soudaine de l'Occident ne saurait faire oublier la part de responsabilité qui est la sienne dans la crise majeure qui menace aujourd'hui.

2008-04-05

Les langues maternelles au Cambodge

Nouvelles du Cambodge N° 0818-F

L’avenir du Cambodge réside principalement dans la pérennité de sa langue écrite
Khemara Jati
Montréal, Québec
Le 4 avril 2008

Nous publions ci-dessous un article concernant l’existence de 24 langues maternelles au Cambodge. Les idées soulevées dans cet article, sont très importantes pour l’avenir de notre pays. Elles méritent une longue discussion au sein de nos compatriotes.

1 / Nous souscrivons entièrement aux travaux pour transcrire cinq langues parlées par nos minorités nationales, avec des caractères cambodgiens. C’est une façon importante pour que ces minorités ethniques restent au sein de notre communauté nationale. C’est aussi une façon d’enrichir notre langue de mots nouveaux apportés par ces peuples minoritaires. Enfin l’alphabet cambodgien est très riche en son, beaucoup plus riche que l’alphabet latin. Nos caractères peuvent transcrire un grand nombre de langues sans ajouter des signes ou des accents supplémentaires.

2 / Nous désirons apporter des précisions historiques sur les affirmations du ministre Kol Pheng, reproduites ci-dessous :

« Pendant la période du protectorat, a-t-il expliqué, nous avons été obligés d’utiliser la romanisation. Mais comme les Cambodgiens étaient très nationalistes à l’époque, la langue (écrite), a pu être conservée, ce qui n’a pas été le cas du Vietnam qui a changé ses symboles. »

Durant le protectorat, la langue cambodgienne est le dernier des soucis des colonisateurs. Pour eux seules deux langues ont de l’importance la langue française et la langue vietnamienne, comme l’a si bien dit Louis Malleret dans sa conférence faite en 1946. Au Cambodge, au moment de la création du collège Sisowath, l’examen d’entrer utilisait exclusivement la langue française. Ce qui favorisait les élèves vietnamiens aux détriments des Cambodgiens. Il a fallu se battre pour imposer des épreuves en langue cambodgienne. Ce qui entraîne une augmentation des élèves cambodgiens. Puis au moment de la transformation du collège Sisowath en lycée, les élèves cambodgiens étaient obligés de payer l’impôt de la capitation, pas les élèves vietnamiens. Il a fallu encore se battre pour faire cesser ce favoritisme envers les Vietnamiens. Il y a encore d’autres injustices criantes décrites dans la thèse de Khy Phanra « La Communauté Vietnamienne au Cambodge à l’Epoque du Protectorat Français (1863–1953) », soutenue en 1974, à l’Université de la Sorbonne Nouvelle, Paris III.

Pendant la période du protectorat, la langue nationale écrite est pratiquement inexistante. Pratiquement pas de journaux ni de romans et autres écrits. Alors qu’à Saigon fleurissait la langue vietnamienne romanisée, utilisée dans l’administration, dans les écoles, collèges et lycées. Les livres et journaux en français comme en vietnamiens se développaient librement. Les Vietnamiens pouvaient dénoncer ouvertement les oppressions du pouvoir colonial comme, par exemple la publication à Saigon du livre intitulé « Une Histoire de Conspirateurs Annamites à Paris, ou la Vérité sur l’Indochine » par Phan Van Truong, Docteur en Droit et avocat. Ce livre a été antérieurement publié en feuilletons dans le journal publié en France « La Cloche Fêlée du 30 novembre 1925 au 15 mars 1926, puis par les Editions Giadinh en 1928 à Saigon.

La romanisation de la langue vietnamienne a été inventée par le Père jésuite Alexandre de Rhodes en 1650. Mais elle n’était pas utilisée par la cour de Huê, vassale de la Chine, et ses sujets. Finalement, c’est le pouvoir colonial qui l’impose au début du XXè siècle :

« En Indochine orientale (« Tonkin », « Annam », et « Cochinchine »), la cible était cette fois la Chine et la civilisation chinoise. Alors même que les dynasties de Hanoi et de Hué défendaient depuis des siècles leur indépendance à l’égard de Pékin, elles régnaient à travers un système mandarinal délibérément calqué sur celui des Chinois. La bureaucratie recrutait en soumettant les postulants à des examens écrits sur des classiques confucéens ; les documents dynastiques étaient rédigés en caractères chinois ; et la culture de la classe dirigeante était fortement sinisée. A partir de 1895, ces liens anciens prirent encore un tour plus indésirable, lorsque les écrits des réformateurs chinois comme Kang Yu-wei et Liang Chi-chao, mais aussi de nationalistes comme Sun Yat-sen, se répandirent à travers la frontière septentrionale de la colonie. En conséquence, les examens confucéens furent successivement abolis au « Tonkin » en 1915, puis en « Annam » en 1918. Dès lors, le recrutement dans la fonction publique en Indochine (Vietnam) devait se faire exclusivement par un système de formation colonial en plein essor. De surcroît, le quôc ngû, écriture phonétique romanisée, conçue par les missionnaires jésuites au XVIIè siècle et adaptée dès 1860 pour la « Cochinchine », fut délibérément encouragé afin de rompre les liens avec la Chine – et peut-être aussi avec le passé indigène, en rendant les chroniques dynastiques et les littératures anciennes inaccessibles à une nouvelle génération de Vietnamiens colonisés. »

Dans « L’Imaginaire National, réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme », de Benedict Anderson, Ed. La Découverte, Paris 2002, pages 130, 131

Notons que la romanisation de la langue vietnamienne a non seulement rompu les liens culturels entre le Vietnam et la Chine, elle a aussi contribué à l’unification culturelle du Vietnam.

De nos jours la langue vietnamienne est la langue véhicule dans toutes les universités vietnamiennes avec une autre langue étrangère, depuis 1945. Ce qui permet au Vietnam de former, tous les ans, plus de 30 000 ingénieurs de hauts niveaux. En plus le Japon aide Hanoi à améliorer la langue scientifique vietnamienne pour la rendre plus cohérente.

A l’Ouest, la Thailande utilise sa langue dans ses universités depuis le XIXè siècle.

Nous au Cambodge, notre langue n’est pas encore utilisée dans nos universités. Ce qui fait que nous formons en petit nombre des médecins, des ingénieurs et des scientifiques, en majorité de bas niveau, à quelques exceptions près.

Nous sommes le seul pays de notre région à courir après les langues étrangères. Ce qui fait qu’au Cambodge, il n’y a pratiquement aucun ouvrage de vulgarisation scientifique. Nos librairies sont pauvres en livres en langue cambodgienne. Nous sommes très en retard par rapport à nos voisins sur le nombre de personnes sachant lire et écrire. Chez nos voisins, le nombre d’analphabètes est très en dessous des 10 %. Chez nous il avoisine les 50 %. En plus la course vers les langues étrangères risque de couper les bonnes relations entre les parents et les enfants experts en langues étrangères et qui méprisent la langue de nos ancêtres.

3 / « Le ministre de l’Education ajoute qu’il était inévitable que certaines d’entre elles disparaissent puisque d’autres propres au monde des affaires ou à l’informatique par exemple, prennent leur essor. »

Cette déclaration de Kol Pheng peut être interprétée de deux manières :

a / Ou bien le Cambodge doit-il courir après les langues du « monde des affaires et de l’informatique » et nous ajoutons les langues des sciences et des techniques ? Alors dans ce cas les Cambodgiens, sans connaissances scientifiques et techniques en cambodgien, quand ils vont faire leurs études en Chine les apprendront en chinois, aux Etats-Unis, ils les apprendront en anglais, en France, en français, au Vietnam, en vietnamien, en Thailande en thailandais etc. ? Alors la langue cambodgienne restera toujours inadaptée pour exprimer les idées et les connaissances en tout genre du monde moderne ! Dans ces conditions notre langue maternelle peut-elle exister durablement ? Sans le support de la langue, notre identité culturelle peut-elle être pérennisée ? Pourquoi ne pas prendre comme modèle certains petits pays, bien moins peuplés que nous comme la Finlande par exemple ? Pourquoi ne pas envoyer une délégation pour étudier le système universitaire finlandais ? Avec des intellectuels qui ne peuvent s’exprimer que dans un multitude de langue étrangère sans passer par notre langue, peuvent-ils s’unir un jour ?

b / Ou bien pourquoi ne pouvons nous pas faire comme la Finlande ou plus proche de nous comme la Thailande et le Vietnam par exemple ? En effet il est très important de connaître très bien, les « langages du monde des affaires et de l’informatique », comme l’anglais et la chinois par exemple. Mais est-ce pour cela négliger notre langue dans les universités ? Tous les peuples qui gardent leur langue, et l’adapte pour pouvoir l’utiliser dans les affaires, dans l’informatique et dans toutes les connaissances du monde moderne, comme le chinois, le japonais, le finlandais, le vietnamien et le thailandais par exemple sont assurer de la pérennité de leur langue, base fondamentale de leur identité culturelle respective. Suivre une voie contraire en continuant à utiliser uniquement des langues étrangères dans nos universités, c’est programmer la disparition de notre langue à terme. Dans ces conditions, notre langue ne sera-t-elle pas utilisée que par les vieux, les pauvres et les ignorants, c’est-à-dire sans avenir ? Alors notre langue maternelle ne rejoindra-t-elle pas les 40 % de langues en danger de disparaître ? Comment unifier un peuple si les intellectuels s’expriment dans de multiples langues étrangères, incompréhensibles pour le commun des mortels cambodgiens ? A commencer par nos propres parents ? N’est pas ce qui se passe déjà dans beaucoup de familles cambodgiennes à l’étranger ? Cette situation ne risquera-t-elle pas de se généraliser au Cambodge même ?

Certains de nos compatriotes citent, comme exemple, le cas de Singapour où l’anglais devient une langue universitaire prépondérante. Rappelons que l’histoire de Singapour remonte seulement à 1819, date de sa fondation par l’Anglais Sir Thomas Stamford Raffles. La totalité des habitants de Singapour sont dont des immigrés récents. Ils parlaient les diverses langues de leur pays d’origine. Ils sont unis par la langue imposée par les Anglais, dans l’administration. Ils n’ont pas, avant 1819, une langue commune léguée par leurs ancêtres depuis des millénaires. De nos jours, la grande majorité des habitants de cette cité-Etat d’environ 4 millions d’habitants sont de niveau universitaire et ils sont au moins bilingues, dont principalement anglais - chinois. Le Cambodge est-il dans ce cas ?

Le Cambodge a une histoire de plus de deux mille ans. Nos ancêtres nous ont légué une langue écrite vieille d’au moins depuis le VIè siècle, la plus vielle langue écrite de notre région. Ne pas la développer pour être en mesure d’exprimer toutes les nuances de la pensée et des connaissances du monde moderne, n’est-il pas une façon d’ignorer l’importance de nos racines et de notre histoire ? N’est-il pas d’une façon consciente ou non condamner notre langue à disparaître ?

Nous citons, ci-dessous les opinions des étudiants cambodgiens en archéologie à l’Université d’Hawaii :

« The majority of early archaeological investigations in Cambodia were conducted by the French, who occupied the country from 1863 to 1953. The “discovery” of magnificent Angkor Wat in 1850 initiated French archaeological interest in Cambodia, which was primarily concerned with the classic monumental structures of the historic period. The Ecole Francaise d'Extreme Orient, established in the late nineteenth century, began a period of intensified investigation of the physical remnants of the Khmer Empire. Colonial French cultural historians studied art, architecture, and inscriptions, generally addressing stylistic and symbolic issues in the valuable archaeological record provided by monumental architecture, statuary, and inscriptions.

During the colonial period, prehistoric Southeast Asia was considered to have been a cultural backwater. Consequently, early colonial archaeology attributed the development of social complexity in Southeast Asia to the diffusion of traits from other regions, primarily India and China.

« Some Khmer archaeologists, including Bong Sovath and Chheang Serei Vuthy, have characterized the French motivation for the pursuit of archaeology in Cambodia as an extension of colonial dominance. By securing ownership of Cambodia's past, the French consciously or unconsciously, but always implicitly, sought to extend their control of the Khmer people to the historical roots of their cultural identity.

« The French considered their own interpretations of Cambodian history and prehistory to be sufficient, rarely seeking indigenous input in the process of explanation. Archaeological survey, excavation, and data collection were organized and directed by French nationals, such as Henri Mansuy, with the extent of Khmer participation generally limited to physical labor. Site reports and all interpretive writing and analyses were written in French, not in the Khmer language, and were often removed from Cambodia. This encoded knowledge resulted in a culturally restricted audience. The only Khmer people who could access this information were the educated elite with training in the French language.

« The transformation and transportation of knowledge and material culture from their geographic and cultural context to external depositories belies the essentially extractive nature of colonialist archaeology in Cambodia. This problem continues today, resulting largely from Cambodia's lack of appropriate expertise, facilities, and equipment for conducting archaeological research with current analytical methods and techniques. »

Extrait d’une interview des étudiants cambodgiens en Archéologie à l’Université d’Hawaii par Alexander L. Wesson, le 4 avril 2002, et intitulé « Indigenous Cambodian Archaeology, Development, Motivations, and Directions. »

Maintenant ces étudiants ont participé aux fouilles conduites par une équipe américaine à Angkor Borei avec des résultats très importants que l’on sait. D’après ces fouilles, les historiens pensent qu’Angkor Borei était la capitale du Founan. Maintenant Bong Savath a obtenu son PHD. Que pense-t-il de la traduction de tous les documents archéologiques en cambodgien ? Ou tout au moins les documents publiés depuis 1991 ?

Nous souscrivons entièrement aux affirmations de nos étudiants en archéologie de l’université d’Hawaii, en particulier les parties suivantes :

« By securing ownership of Cambodia's past, the French consciously or unconsciously, but always implicitly, sought to extend their control of the Khmer people to the historical roots of their cultural identity.

« The French considered their own interpretations of Cambodian history and prehistory to be sufficient, rarely seeking indigenous input in the process of explanation. Archaeological survey, excavation, and data collection were organized and directed by French nationals, such as Henri Mansuy, with the extent of Khmer participation generally limited to physical labor. Site reports and all interpretive writing and analyses were written in French, not in the Khmer language, and were often removed from Cambodia. This encoded knowledge resulted in a culturally restricted audience. The only Khmer people who could access this information were the educated elite with training in the French language. »

Pour les étudiants cambodgiens en archéologie à l’Université d’Hawaii : la langue et l’histoire sont les bases fondamentales de notre identité culturelle et de notre identité nationale. Il est normal que les grandes puissances et nos voisins cherchent à nous imposer leur langue et aussi leur interprétation de notre histoire. C’est à nous Cambodgien de relever ce défit mortel pour l’avenir de notre pays et donc de nos enfants. Un peuple qui méprise sa langue maternelle et qui accepte une histoire écrite par des étrangers n’a pas d’avenir.

Avant de terminer, nous désirons faire une remarque sur les langues scientifiques et commerciales.

Les sciences, à commencer par les mathématiques abstraites sont inventées par les Grecs depuis au moins sept siècles avant J. C. Ils sont en partie par celles qui les civilisations qui les ont précédées : celle du Moyen Orient et celle des Egyptiens. Les Arabes ont apporté une contribution importante en conservant une grande partie des écrits antiques, les ont traduits en arabe en les améliorant. En Europe, l’invention de l’imprimerie en 1450 a permis la diffusion de tous ces documents antiques, traduits d’abord en latin puis dans toutes les langues européennes. Les premiers documents, comme la géométrie d’Euclide, sont traduits à partir de l’arabe. Puis, coïncidents heureux pour les Européens, en 1453, les Turcs ont conquis Constantinople et chassé les érudits chrétiens qui en venant en Europe de l’Ouest, ont emmené avec eux un grand nombre d’autres documents grecs et romains.

La suite ne se fait pas attendre. Grâce à la diffusion de l’Almageste de Claude Ptolémée, les Européens avaient le concept de la sphéricité de la terre. C’est cette idée qui a motivé Christophe Colomb à aller vers l’Ouest et à être le premier Européen à fouler les pieds sur le sol américain en 1492. Puis basée sur cette même hypothèse, Magellan a entrepris en 1519 le premier voyage autour de la terre, démontrant ainsi la véracité des hypothèses des anciens, consignées dans l’Almageste. Il faut noter que toutes ces expéditions sont rendues possible grâce à l’invention de la caravelle, un bateau capable d’affronter les mauvais temps de la haute mer dans les océans.

Puis les inventions se succèdent et aboutissent aux sciences modernes. On peut un résumé de cette évolution dans le livre de Jacques Attali « 1592 », édition Fayard, maintenant en livre de format poche.

Attali, résume l’histoire de l’Europe en ces termes : « L'Europe est ce géant : enchaînée par de multiples maîtres quand se défait l'Empire romain d'Occident, elle sommeille durant presque un millénaire. Puis à un moment de hasard et de nécessité, elle écarte ceux qui l'entourent, et se lance à la conquête de l'univers, massacrant les peuples de rencontre, s'appropriant leurs richesses, leur volant leurs noms, leur passé, leur histoire. »

Nous désirons insister sur le passage : « elle écarte ceux qui l'entourent, et se lance à la conquête de l'univers, massacrant les peuples de rencontre, s'appropriant leurs richesses, leur volant leurs noms, leur passé, leur histoire. » Depuis, seuls les peuples qui se battent pour se réapproprier « leurs richesses, leurs noms, leur passé, leur histoire » et leur langue écrite ont de l’avenir.

Ainsi les mots en mathématiques et dans toutes les sciences sont à peu près tous d’origine européenne. Toutes les formules et équations mathématiques et scientifiques dans tous les domaines sont les mêmes dans toutes les langues. La presque totalité des mots scientifiques sont dérivés des mots inventés par les Européens, construits à partir des racines grecques et romaines. De nos jours, ce sont les inventeurs qui donnent les noms nouveaux à leurs créations matérielles ou dans d’autres domaines plus ou moins abstraits. Il suffit donc de les écrire avec des caractères utilisés dans chaque langue. C’est quelque chose de similaire dans le commerce et dans les affaires. Ainsi une fois étudier tout cela en cambodgien, il ne sera pas très difficile de les réapprendre dans une autre langue. C’est ainsi qu’un mathématicien ou un scientifique hongrois ou finlandais, par exemple, peut lire les revues scientifiques en anglais sans trop de difficultés. Il en sera de même pour les étudiants cambodgiens dans les universités utilisant notre langue maternelle. D’autre part, maintenant dans la plupart des universités dans le monde, les étudiants apprennent toujours une ou plusieurs langues étrangères.

En utilisant notre langue maternelle dans nos universités, nous enrichissons notre langue des mots exprimant les idées et les connaissances de la civilisation mondiale. Nous élevons ainsi le niveau de connaissance de notre peuple. Alors, il n’y aura plus d’incompréhension entre les générations. C’est ainsi, et c’est seulement ainsi que nous pouvons pérenniser notre langue maternelle, notre identité culturelle et notre identité nationale et ainsi suivre l’évolution de la civilisation maintenant mondiale.

Annexe :

Article sur les langues maternelles :

Vingt-quatre langues maternelles dans le royaume

Pour la première fois le Cambodge a participé à la journée internationale de la langue maternelle. L’occasion pour le royaume de dresser un état des lieux de tous ces dialectes pour mieux les sauvegarder.

Le 19 mars 2008 le Cambodge célébrait la journée internationale de la langue maternelle, en partenariat avec le ministère de l’Education, l’Unesco et les ONG : International Coopération of Cambodia, Care et Save the Children Norway. Un temps fort pour de nombreux pays, puisque selon les chiffres de l’Unesco, il existe plus de 6 000 langues (parlées) dans le monde, parmi les quelles, 50 % sont en train de disparaître et 40 % se trouvent en danger. Seuls 10 % d’entre elles ne courent aucun risque.

Selon Tenuo Jinnal, représentant de l’Unesco au Cambodge, le gouvernement, les sociétés civiles, les organisations locales, internationales et non gouvernementales, doivent travailler ensemble afin de mettre en place une politique pour promouvoir la diversité culturelle et linguistique. « Une langue quelle qu’elle soit, est un moyen de communication, a-t-il affirmé. Elle fixe l’identité d’un groupe d’individus et représente, en ce sens, un héritage culturel vivant. »

Kol Pheng, le ministre de l’Education, a quant à lui, relevé que le respect des droits de l’homme passait aussi par le respect des langues. Le royaume compte actuellement 24 langues maternelles, dont quelques-unes parlées par les minorités ethniques des provinces du Rattanak Kiri et du Mondol Kiri, font partie des programmes scolaires. Une avancée. Le ministre de l’Education ajoute qu’il était inévitable que certaines d’entre elles disparaissent puisque d’autres propres au monde des affaires ou à l’informatique par exemple, prennent leur essor. « Pendant la période du protectorat, a-t-il expliqué, nous avons été obligés d’utiliser la romanisation. Mais comme les Cambodgiens étaient très nationalistes à l’époque, la langue (écrite), a pu être conservée, ce qui n’a pas été le cas du Vietnam qui a changé ses symboles. »

Tout un travail de sauvegarde est d’ailleurs effectué. Chan Samnang, coordinatrice de l’ONG : International Cooperation of Cambodia, a précisé que chez certaines minorités ethniques, les langues parlées n’avaient pas d’écriture. Depuis 2003, son ONG s’attelle à cette tâche, et aujourd’hui, cinq langues maternelles ont pu être retranscrites (Kreung, Preou, Kavet, Tumpoun, et Phnong). « Pour cela, nous partons de l’alphabet khmer, a-t-elle expliqué. C’est une façon de conserver l’histoire et la culture de ces langues, pour mieux les faire perdurer dans le temps ».

Ung Chamroeun (20-03-2008) Forum Khmer Network


Khemara Jati 080405